21 octobre 2013

Double jeu de Jean-Philippe Blondel

Double jeu

"OK. Je vois bien les échos avec la mienne, de vie. Mais j'ai envie de dire que, bon, les situations sont très différentes. D'abord, on ne vit pas à la même époque. (...) Cela dit, je dois bien admettre que je rêve très souvent de m'évader de ma chambre, de l'appartement, du quartier, de la ville. Clemenceau - c'est trop près encore. J'ai besoin de distance, de route, de kilométrage, de sentir le sang qui coule dans mes veines, la sueur dans mon dos et laisser mes yeux vagabonder sur un paysage inconnu. D'accord. Et alors ? Qu'est-ce qu'elle veut que j'en fasse, de son histoire ?"

Quentin est nouveau au lycée Clemenceau. Il débarque l'année où se joue La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, par l'option théâtre. L'histoire de Tom, de sa petite soeur Laura, de sa mère atroce. L'histoire de Tom, de son envie de fuir son monde, de dériver vers d'autres mondes qui sont le contraire du sien. Fuir la pauvreté, l'indigence, la laideur, la misère. Aller vers la lumière.

La prof de théâtre, Mme De Fernandez repère Quentin. Lui propose le rôle de Tom. Elle n'a qu'une seule crainte le concernant : qu'il se laisse engloutir par ce rôle. Car elle ne lui propose pas par hasard : Quentin détonne à Clemenceau, parmi les gosses de riches. Lui vient du lycée Saint Ex, celui à l'autre bout de la ville, le lycée qui a mauvaise réputation ; Quentin habite dans un HLM, avec des parents qu'une vie de labeur a rendu transparents. La seule joie de Quentin c'est les soirées avec sa petite soeur, lui raconter une histoire, quand elle se colle à lui pour s'endormir, et qu'il la contemple, seule joie dans un univers gris à l'avenir raccourci.

Ce rôle est une chance. Ou une tombe. Car entrer dans la lumière peut également signifier s'aveugler.

Double Jeu est l'histoire d'un garçon tiraillé entre deux mondes, deux mondes différents socialement, culturellement, qui s'entrechoquent et dans lesquels le garçon ne se retrouve plus ou pas. Le lycée Clemenceau c'est sa deuxième chance, exclu de Saint Ex, Quentin arrive alors dans un univers où il sent qu'il ne possède pas les codes, le bon style, le bon milieu. Bref il n'est pas de leur classe sociale. Il doit s'acclimater au lieu, aux gens, avoir la bonne démarche. S'il ne se sent pas acteur, sa prof lui rappelle à juste titre que tous les lycéens le sont un peu. Lui plus qu'un autre. Alors Quentin va entrer dans la peau de Tom - va le comprendre, va le vivre, va porter le personnage. Et par là même, va donner une chance à son avenir de s'entrouvrir un peu plus...

En trois actes, Jean-Philippe Blondel décrit avec sa plume toujours aussi juste et belle, le quotidien de ce jeune garçon, ses espoirs et ce besoin de voir les choses changer, cette volonté de sortir de son univers. Comme dans les autres romans que j'ai lu de l'auteur, le récit nous prend à la gorge et il y a toujours cette tendresse si particulière envers ses narrateurs. Je l'ai déjà écrit (Blog, (Re)play !), mais le redis : pour moi, c'est un de ces auteurs à avoir tout compris à l'adolescence et à nous le retranscrire avec grâce et justesse.

"C'est ce que je veux faire. C'est ce que je veux faire de ma vie. Partir à l'autre bout du monde dans des peaux qui ne sont pas les miennes. Dans les peaux de papier qu'un écrivain mort a créées, des années avant ma naissance. Incarner. Je veux incarner."

Posté par Caroline Dumont à 18:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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