17 novembre 2013

Le coeur des louves de Stéphane Servant

Le coeur des louves

Célia arrive dans le village d'enfance de sa mère, Catherine. Après un voyage d'errance, Célia parvient à la maison de sa grand-mère, Tina, décédée. Catherine doit la rejoindre. Ce retour aux sources, on le comprendra vite, n'est pas par envie, mais par nécessité. Ancienne écrivaine à l'heure de gloire passée, Catherine, étrange beauté un peu éteinte, est harcelée par son éditeur, à qui elle ne parvient pas à rendre son dernier manuscrit, usée par les médicaments et le manque d'inspiration. Là-bas, dans un village aux confins d'une vallée, entouré par les bois et les montagnes, à la population froide et emplie de préjugées, Célia et sa mère pensent partir vers un nouveau départ. Célia ne sait pas qu'elle va se retrouver au milieu de secrets de famille, et que l'histoire ne fait, curieusement, que se répéter, de génération en génération.

C'est une histoire qui raconte les silences, qui dévoile les failles de chacun, les secrets cachés, les immondices révélées. C'est l'histoire d'une forêt, engendrant l'animalité chez de jeunes filles, sous leur peau de louves. C'est une histoire d'amour, de plusieurs amours, déçus, interdits, passionnels, tus, amour qui lentement se transforme en tragédie, sous le poids d'un destin implacable. Le roman alterne l'histoire de Célia et celle de sa grand-mère, Tina, grâce au journal que tenait celle-ci et qui sera la clé de nombreux non-dits. Tina, celle que tous dans le village, surnommaient la "pute" ou la "sorcière". Celle que Célia connaissait si peu et dont elle va découvrir la vie - une vie de révolte contre les hommes, contre l'injustice et contre la bêtise du village. Une vie de liberté, durement acquise. Une vie, qui n'est pas si éloignée de celle que Célia va vivre.

C'est également une histoire sur le poids des mots, mots qui font les commérages - jouant alors la vie d'un homme, mots interdits, mots de la rumeur, mots écrits de la vérité, mots qui écorchent, mots d'une femme affrontant les silences des hommes, l'écriture libérant et pansant les blessures du passé.

C'est un vaste et somptueux roman que nous offre Stéphane Servant, on vibre avec Célia au rythme de ses escapades, la terre humide sous ses pieds nus, une peau de bête sous les épaules - seul échappatoire à un village dominé par les hommes - où les pulsions et l'instinct sont libérés. Je ne peux en dire plus, pour ne pas dévoiler les nombreux rebondissements du roman. L'écriture y est tour à tour poétique, crue, viscérale, fluide et nous invite à nous immerger entièrement dans cette histoire, d'où le lecteur y ressortira sonné et envoûté.

"Là, près de la baraque en pierre taillée, dans la nuit parée de givre, Célia pousse son cri de louve, et ce cri c'est aussi celui de Tina, et peut-être même celui de Catherine. Et celui d'Alice. C'est le cri, le hurlement, la plainte de ces femmes qui sont en-dehors du monde parce que les hommes leur ont refusé le droit d'aller librement dans le monde. C'est la rage, la colère, la peur, les pleurs, le trop-plein de vie et les ombres de la mort, un mystère insondable qui n'en finit pas de résonner ce soir-là. Il retentit ce soir-là et bien d'autres soirs encore sur le flanc escarpé de cette montagne sans cesse giflée par le vent du nord. Le cri des jeunes louves."

Posté par Caroline Dumont à 17:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


Commentaires sur Le coeur des louves de Stéphane Servant

Nouveau commentaire