14 octobre 2013

La fille seule dans le vestiaire des garçons

La fille seule dans le vestiaire des garçons

"Cette vidéo dure. Ça semble si doux, si tendre. Si ce n'étaient les clins d'oeil sournois qu'il balance de temps en temps en direction de la fontaine et que, pauvre cruche, les yeux fermés, je ne vois pas.
Ça fait mal. le film s'arrête au moment précis où Enzo sort son portable de sa poche pour consulter le temps qu'il a mis pour gagner son pari. (...) Rien, jamais ne m'avait semblé plus insupportable et humiliant. À présent, les images de ce moment passé me semblaient pires, plus douloureuses et violentes que le moment lui-même. À cela s'ajoutait un horrible détail : ce nombre, inscrit en bas à droite de la fenêtre de diffusion. 1 257 !"

Marion a la rage, la haine des autres, des hommes, de soi. Des garçons idiots et lourds au lycée, un père parti en Argentine abandonnant sa femme, Marion et son petit frère Barnabé, peu d'amies, et une réputation d'intello qui lui colle à la peau, bref beaucoup de choses à gérer pour la jeune fille. Marion confère tout cela dans son fameux petit carnet noire moleskine, déversant ses doutes, sa hargne, sa gêne, ses espoirs ; les mots l'aidant à se soulager, les mots devenant beauté : petits poèmes à chanter... Comme dans la vie quotidienne, où la solitude et les mots l'aident à se protéger, armes tranchantes contre la gente masculine, mots vifs assenés avec art de la répartie sèche et claquante.

Et un jour, c'est le mot de trop, le geste de trop : Enzo, beau parleur du lycée vient la narguer, la harceler, et un geste en entraînant un autre, le sac de Marion tombe par terre. De retour chez elle, elle se rend compte qu'il y manque le plus précieux de tous ses biens : le carnet. Elle contacte Enzo, lequel  se faisant charmeur, lui propose un rendez-vous... Marion hésite, puis perçoit cette proposition comme une chance, l'occasion pour elle de laisser tomber son masque de froideur, de se laisser aller, de donner sa confiance. Hélas, la jeune fille va tomber dans un piège monté de toutes pièces, un pari stupide d'embrasser la fille en "moins de cinq minutes", filmé, qui sera ensuite diffusé sur la Toile, partagé et liké des centaines de fois, sous le titre "Marion est une fille super... facile".

Blessée, meurtrie, à fleur de peau, remplie de rancoeur et de rage, Marion décide d'avoir sa revanche, ce qui ne sera pas sans certaines retombées... Cruauté, violence, harcèlement, autant de thèmes sensibles et actuels que le roman explore.

Le récit va alors devenir celui de la honte de la jeune fille, de sa crainte des représailles d'Enzo et ses comparses, son sentiment de mal-être ; mais aussi le récit de sa structure familiale : une mère bien trop occupée dans sa recherche pour combler le vide paternel, enlisée dans cette quête et un petit frère charmant (sa présence en allège d'ailleurs beaucoup le récit), à la logorrhée verbale maligne et adorable ! L'écriture colle au plus près des émotions de la jeune fille, émotions qui la submergent et que l'auteur parvient à rendre avec beaucoup de justesse.

Un roman qui débute sur la rage et un baiser mensonger et qui se termine avec la trace d'un rouge carmin déposée par des lèvres confiantes sur les joues de garçons par l'héroïne. Faire tomber les oripeaux de la hargne qui la tenaille, se reconstruire : ce sera le fil conducteur de ce roman fort.

Posté par Caroline Dumont à 11:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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