12 février 2014

T'enfuir, tu nous auras vraiment tout fait!

MUETTE_1

"...Muette  s'est enfuie le plus normalement du monde, en préparant son sac, en glissant à l'intérieur un pain de cinq cents grammes, deux fromages, plusieurs paquets de gâteaux secs, trois litres d'eau, des vêtements propres, sa trousse de toilette, et en refermant à clé la porte de la maison.... Elle n'a pas eu à sauter par une fenêtre ou à ramper à l'abri d'une haie. Direction sa cabane, sa planque. Si quelqu'un un jour s'inquiète de sa disparition, on imaginera des fuites au loin, des rapts, des tragédies. Qui pensera qu'elle se cache à une petite heure de marche?"

Voici l'histoire de Muette, de la fuite de Muette, de la fugue de Muette...

Muette a besoin d'air, elle étouffe, elle souffre, elle n'est pas écoutée, pas entendue, elle souffre d'être soit disant comme sa mère, elle souffre de cette famille, de ce monde qui va vite, qui fourmille mais qui ne la voit pas...

Elle décide de fuir, mais pas une fugue ordinaire ! Juste là tout prêt de la maison dans sa cabane, une vieille grange abandonnée, au coeur de la forêt, de la nature avec les animaux, les arbres, le vent, la pluie.. Comme elle le dit elle-même, Muette a la terre comme élément.

Ce récit nous livre la vie de Muette durant cette fuite en avant, cette fuite silencieuse, fuite qu'elle a préparée, dans un lieu qu'elle connaît, dans un élément qu'elle affectionne, s'imaginant tour à tour lapin, biche, tout être qui lui permet d'être libre.

Et puis ce secret qui est là, jamais nommé, mais qui pèse lourd dans l'existence de Muette et dans celle de ses parents : "C'est grave ce que tu raconte là, si tu l'as inventé ça peut faire mal. Ne raconte pas n'importe quoi ! Arrête de mentir s'il te plaît tu nous soûles. Lorsque les hommes mentent, c'est parole contre parole et les plus faibles ont tort."

Seule dans cette grange, survivant de ses provisions et de ce que la nature veut bien lui donner, Muette tente de comprendre. Pourquoi cette famille est comme ça, pourquoi souffre-t-elle autant de ce monde qui l'entoure, va-t-on la regretter, la rechercher... Quelle est sa véritable place dans cette famille ? Muette va survivre dans cette grange, s'offrant quelques retours dans la civilisation (dans le village voisin), guettant la moindre présence humaine, longeant les chemins de campagne, les bois, les lignes de chemin de fer... communiant totalement avec les animaux, les éléments qui l'entourent.

C'est un récit très agréable, quelquefois bucolique comme une balade dans les bois, ça sent les arbres, les champignons, le vent sur la peau... Mais on est régulièrement rattrapé par les pensées de Muette et surtout par les raisons de sa fuite. En effet, le récit est entrecoupé de phrases courtes mais cinglantes, quelquefois cruelles "putain de gamine", "elle est folle", "tu es empotée ma pauvre fille, tu n'es pas bien dégourdie", "tais toi"... et on comprend ainsi bien mieux le mal être de Muette et ses raisons de fuir!

Un roman de 210 pages qui se lit d'un seul souffle.

Posté par VirginieDelattre à 17:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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