02 février 2014

Zelda la Rouge de Martine Pouchain

Zelda la Rouge

"Tôt ou tard, on a tous un désert à traverser pour que nos démons deviennent des anges."

Zelda la Rouge - un beau titre pour un personnage rempli de vie, passionné et unique. Zelda a seize ans, est en fauteuil roulant depuis qu'elle a été renversée, à dix ans, par un chauffard qui n'a pas pris la peine de s'arrêter. Elle vit avec sa soeur aînée, Julie, une grande soeur un brin protectrice, qui a mis sa vie entre parenthèses depuis l'accident, et subvient aux besoins de leur famille. Une famille atypique, depuis la mort de leur grand-mère, car Zelda et Julie n'ont pas d'autres parents. Elles vivent avec Kathy, une femme de ménage quinquagénaire qui met de la gaieté dans la vie des deux soeurs et manie les recettes de cuisine comme personne. Et puis il y a le voisin Monsieur Paul, qui passe ses journées à peindre tout le temps le même tableau et qui donne les oeufs de ses poules aux deux filles. Leur famille va bientôt être rejointe par Jocelyn, dit Jojo, un ex-SDF. Pendant que Zelda poursuit ses études, Julie elle, les a arrêtées et travaille comme aide-soignante. Un rythme dur, auquel Julie n'échappe que pour s'occuper de sa soeur et pour faire tourner la maison : courses, boulot, angoisses : son quotidien n'est rempli que de ça. Et puis de temps à autre, la jeune fille est traversée par d'étranges visions, des images de la vie des autres, de leur passé, de leurs méfaits, de ce qui les ronge ou les a rongés. Et dans ces flashs (une touche fantastique, qui j'avoue, m'a un peu déboussolée), Julie ne désespère pas de trouver un jour celui qui lui dévoilera le visage du chauffard qui a ruiné la vie de Zelda. Tenaillée par la haine, Julie ne vit que pour venger sa soeur. Et puis un beau jour, un jeune homme arrive, s'immisce tout doucement dans la drôle de famille de Julie. Il se nomme Baptiste, et il bosse dans le nucléaire. Curieusement, il a l'air de s'intéresser de près à Zelda, et va bousculer le quotidien des deux soeurs.

Ce n'est pas un roman sur le handicap, même si celui-ci est beaucoup évoqué lors de la narration de Zelda. C'est d'ailleurs toujours dit avec finesse, une grande touche positive, des réflexions brutes et naturelles, ce qui correspond parfaitement à l'image que l'auteure nous offre de Zelda. Remplie d'humanité, sans aucun complexe, prête à vivre et à se battre pour la politique, sa passion. Elle se projette dans l'avenir, pense à elle en tant que femme, future mère, et future politicienne. Le personnage de Julie est construit comme antagoniste à Zelda : un bloc de douleur, de dureté, vivant chaque jour comme une bataille à mener pour sa soeur, pour faire vivre leur famille. Julie s'est construit une armure contre le monde extérieur, une carapace qu'elle fortifie d'un ton aigre et qu'elle entretient par la haine. L'écriture de Martine Pouchain - vive, aisée et traversée par de beaux instants de lucidité et de grâce - laisse leurs points de vue à chacune se dérouler, et nous fait comprendre à quel point les deux soeurs sont liées, et que ce n'est pas forcément Zelda qui dépend de Julie. Si leurs situations sont difficiles, les deux filles sont entourées et ce, avec tendresse et bienveillance grâce à des personnages humains et simples : Jojo, Kathy, Monsieur Paul. Des personnages comme on pourrait en rencontrer chaque jour, mais qui sont simplement extraordinaire par leur force de vivre, pour lutter contre le chômage, contre la vie qui n'a pas toujours été tendre, contre le temps qui passe et qui éreinte tout. Leur colocation est un souffle de vie, grâce à une formidable solidarité. C'est ce que l'auteure décrit le mieux : cette "famille recomposée avec rejetons illégitimes" qui dégage une telle chaleur humaine, ces petits gestes de bonté, ces repas où la bonne humeur arrive à vaincre à peu près tout. Les moments simples, les beaux instants de bonheur, un voyage sur la côte, une soirée à la fête foraine nous apportent une proximité immédiate avec ces beaux personnages. Et puis cela dans l'atmosphère picarde, où je me suis amusée à retrouver des lieux connus !

Un (petit) reproche : le roman aborde énormément (peut-être trop) de thèmes, la vengeance, le chômage, le handicap, l'impasse qu'est le nucléaire, l'expiation etc., toutefois et c'est là l'utilité de tous ces sujets, ils dévoilent le quotidien de ces gens oubliés, que la vie a chacun d'une façon différente, meurtrie, et qui parviennent à retrouver une force de vivre, grâce à leur tendresse les uns envers les autres.

""Dis, tu mourras jamais, hein ?" - "Jamais." On parle encore un peu et on finit par s'endormir dans mon lit, comme quand on était petites filles, pour se bercer de l'illusion qu'on a encore tout ce qu'il faut comme famille, ou se persuader qu'on l'a eu déjà. Un grand moment."

Posté par Caroline Dumont à 19:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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