25 avril 2016

La nébuleuse Alma

La nébuleuse Alma

La nébuleuse Alma

de Luc Blanvillain, l'école des loisirs, 2016

"Je ne sais même pas quand ni comment j'ai rencontré Jade. Au collège, mais dans quelles circonstances ? Et pourquoi nous sommes-nous plu? Parce que c'était elle, parce que c'était moi. Ensuite, comme tout le monde, on est devenues inséparables. On a goûté, dormi l'une chez l'autre. On a passé nos rhumes et nos vêtements, nos amoureux quelquefois, on s'est confié des rêves, échangé des promesses. (...) Bref, on a été deux meilleures amies du monde comme beaucoup d'autres. À l'instar de l'univers, et de mon récit, notre amitié n'avait pas eu de commencement clair. Je n'imaginais pas qu'elle puisse prendre fin. Et surtout pas ce jour-là, le jour de tous les saints, le jour du baiser."

Alma comme toute bonne adolescente de son âge, vit sur sa nébuleuse - sa vie tourne autour de sa famille, des dernières baskets à la mode, du premier baiser échangé avec Robin, le garçon sur lequel elle rêvassait depuis des mois. Cet évènement lui paraît si primordial, si important qu'elle veut en réserver la primeur à Jade, sa meilleure amie. Or à cette petite révélation, Jade lui annonce froidement la fin de leur amitié, prétextant qu'elle n'en peut plus de la frivolité, de la superficialité d'Alma, alors qu'elle s'engage pour de vrai et tente de militer pour des choses hautement plus importantes. Alma ne comprend pas, d'autant que rien ne laissait présager cette rupture. Mais heureusement, Alma a un plan : reconquérir Jade, la comprendre, quitte à s'intéresser pour de vrai aux problèmes de société. Aidée d'Octave, son petit frère un brin original et de Robin son amoureux (et aussi des poèmes de Verlaine et de la pensée d'Albert Camus), Alma va tout doucement quitter sa nébuleuse, pour entrer dans la vie.

J'attendais beaucoup de ce nouveau roman de Luc Blanvillain, dont j'avais adoré Cupidon Power. J'ai un peu moins accroché avec La nébuleuse Alma, qui m'a parue brasser un peu trop de thèmes. Par contre, j'ai beaucoup ri, grâce aux personnages des parents d'Alma et surtout son petit frère Octave à la fois hyper lucide, inventif et adorable - l'auteur a vraiment un don (et une super plume) pour les situations comiques ! Le personnage de Jade m'a parue assez méprisante, très donneuse de leçons dans sa façon de juger la vie des autres superficielle et sans aucune prise de conscience, ce qui est assez vrai mais je pense qu'il y a d'autres manières d'amener au militantisme que par une attitude supérieure, tout en débitant un discours programmé sur la fabrication des portables ou autre pour faire culpabiliser. Comme le dit de façon assez juste Alma : "Jade nous torturait avec la souffrance des autres, et c'était insupportable". Son comportement sera expliqué au fur et à mesure du roman, mais n'en justifie pas moins son côté exalté et moralisateur, Jade est fort sincère mais aussi à la limite de l'amertume parfois. Ce qui m'a plu c'est qu'Alma arrive au militantisme par la chaleur des autres - notamment dans l'association contre l'illettrisme, par ses propres idées qu'elle se construit progressivement, en s'informant par elle-même, elle se remet en question, s'ouvre aux autres, bref elle agrandit et enrichie sa nébuleuse. Le roman devient alors un joli portrait d'une adolescente qui se confronte au monde actuel et tente de participer, à sa hauteur, à la lutte.

"Depuis que Jade m'avait précipitée dans la vraie vie, d'une bourrade vigoureuse, je m'étais mise à penser."

Posté par Caroline Dumont à 18:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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