06 décembre 2013

La bobine d'Alfred de Malika Ferdjoukh

La bobine d'Alfred

"Le rideau se déchira et le décor, étrangement, s'inversa... et s'illumina. Soudain. La fenêtre fermée sur cette baie grise d'Ecosse parut s'éclaircir, grandir, s'ouvrir... Et, contre le paysage blanc de pluie traversé de mouettes, elle projeta subitement le souvenir de mes seize ans en Technicolor et sur grand écran."

La bobine d'Alfred, ou lorsque l'on découvre, entre autres, qu'Hitchcock souhaitait tourner un film d'après la pièce Mary Rose de J. M. Barrie, mais aussi où l'on fait un saut à Beverly Hills, sous l'ombre des palmiers californiens, où les jeunes filles portent des robes imprimées de tranches de pastèques et ont l'humour mordant, et où l'on apprend que Dean Martin buvait du jus de pomme !

Bref un nouveau roman de Malika Ferdjoukh est toujours pour moi promesse d'instants savoureux et celui-ci ne déroge pas à la règle. Le décor planté dès le premier chapitre, l'Ecosse brumeuse, avec la "Tavern of Jamaica", nous promet une histoire pleine d'aventures et de rebondissements. On suit Harry - dont on apprend qu'il a failli s'appeler Cary - son père étant un grand fan de Cary Grant - mais que Cary Bonnet, ça sonnait mal selon l'employé de l'état civil ! Rapidement on plonge dans les souvenirs du narrateur et plus précisément l'été de ses seize ans, lorsque son père et lui furent engagés par une vedette du cinéma américain à Hollywood. Grâce aux talents culinaires du père, tous deux vont alors se retrouver sur le tournage secret du dernier film d'Alfred Hitchcock. Une histoire de fantômes, une histoire d'amour pour un tournage ultra confidentiel. Les premiers jours de tournage paraissent tant splendides à Harry, que lorsque l'occasion "d'emprunter" la bobine des premières images du film va se présenter, Harry, cinéphile passionné, va se jeter dessus et la visionner... afin de contempler "trente-six minutes d'étoiles de magnitude absolue". Seul petit soucis : cette bobine est convoitée par de nombreuses personnes, plus ou moins bien intentionnées. Commence alors pour Harry une aventure inoubliable. Il sera accompagné d'une charmante demoiselle, qui souhaite être plus tard la future Ingrid Bergman et qui possède la grâce des deux Hepburn réunies (Audrey et Katharine) !

Cette aventure se déroule avec légèreté et fraîcheur sous le soleil californien, l'humour et les (nombreuses et appréciables !) références cinématographiques des héros nous ravissant sans cesse. De nombreuses allusions à l'univers hitchockien sont glissées (les personnages féminins se nomment tantôt Rebecca comme dans le film éponyme, tantôt Madeleine, comme dans Vertigo) et les titres de chapitres reprennent ceux des films du grand maître du suspense et les parodient (tel Le garçon qui en savait trop rien), voire même reproduisent les intrigues de ses films - ainsi les deux jeunes héros se retrouvent enchaînés, une paire de menottes les liant, tels justement Cary Grant et Ingrid Bergman ! Un roman savoureux, qui donne envie de se (re)plonger dans l'oeuvre de Hitchcock et qui nous plonge dans un décor Hollywoodien de rêve, avec apparitions de guest-stars qui plus est !

"Ah, c'est de la belle histoire. Ça parle des morts, tu vois, des morts qui reviennent et qui partent. Du souvenir. Du temps qui passe. De l'amour d'une maman pour son enfant. Mais va proposer ça à des producteurs ! Ils te répondent quoi ? "Monsieur Hitchcock, tu nous as montré des meurtres sous une douche, sur un manège, un trapèze, dans un train, un bateau, un moulin, un clocher... et tu te ramènes avec ta petite histoire de fantômes sans crime ? Sorry. No money." Trop romantique pour 1964."

Posté par Caroline Dumont à 18:27 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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