15 septembre 2013

Metal Mélodie de Maryvonne Rippert

Metal mélodie

"Comment en étaient-elles venues à se faire la guerre ? La jeune gothique aurait bien été incapable de remonter à la source de leur conflit. (...) Luce n'arrivait plus à concevoir qu'elles aient pu partager, un jour, la douceur d'être ensemble, la complicité des sourires, la rondeur plumeuse d'un câlin. Elles avaient oublié l'époque où la fillette admirait sa maman par-dessus tout, quand celle-ci opposait le rempart de ses bras en berceau à la dureté du monde, aux chagrins, à la mort..."

Ces derniers temps, Luce vit au rythme de la mode gothique : piercings, couverte de noir de la tête aux pieds, groupe d'amis au même style et surtout rébellion permanente contre l'autorité maternelle. Luce vit seule avec sa mère, Inès, dans un bel appartement contemporain aux lignes sobres et élégantes à l'image d'Inès. A la maison, les mots durs assénés nonchalamment par Luce à sa mère fusent, la relation entre la fille et la mère s'est dégradée depuis longtemps. Sûrement depuis l'entrée en adolescence de Luce, là où la petite fille blonde est devenue une toute jeune femme aux cheveux violets, délaissant la clarinette pour des mélodies métalleuses. Mais un soir en rentrant du lycée, Luce trouve l'appartement vide et une lettre de sa mère, partie en Australie, envoyée dans ce pays lointain pour le travail. D'abord désarçonnée, Luce commence à enchaîner les soirées et les fêtes. Mais doucement, le vide laissé par sa mère va s'immiscer dans le coeur de la jeune fille, qui décide alors de retourner sur les traces de sa mère. Une quête qui va la conduire vers des pans secrets de la vie passée de sa mère, et sur la route de Grenade.

Avec la couverture du livre, évoquant directement le monde gothique, je pensais que le roman serait tourné vers ce thème. Ici le style gothique n'est que le reflet du mal être de Luce, dû à cette période tumultueuse de l'adolescence. Puiser dans cet univers, permet à la jeune fille de retrouver "tout ce qui [lui] serre la gorge tout le temps". Ce style permet aussi à l'auteur de constater l'évolution intérieure de son héroïne : sous le soleil de l'Espagne, devant la beauté du paysage, Luce se débarrasse de tous ses "attributs" mais aussi de sa colère, de la souffrance propre à l'adolescence qui la tenait tenaillée depuis des mois, bref une grande métamorphose qui évoque un retour à la simplicité, un retour à soi. Tout comme la musique, dont les différentes styles jalonnent le parcours initiatique de Luce : on passe du métal s'opposant à la musique classique de la mère au début, puis la beauté du flamenco en Espagne et enfin, la jeune fille va retrouver avec joie l'instrument de son enfance : la clarinette.

Luce va également découvrir le sentiment amoureux, la passion et la sensualité, son prénom devenant "Luz" dans la bouche d'un bel et tendre Esteban... Dans sa quête de la mère, Luce va se retrouver également, de belles rencontres aideront la jeune fille dans son chemin vers la maturité. La séparation sera providentielle pour les deux femmes, jusqu'aux retrouvailles, émouvantes, où tous les secrets seront levés. Le roman ne déroge pas à certains passages et figures attendus, mais le ton est profondément sincère, le lecteur s'attache progressivement à Luce - l'adolescente gâtée et boudeuse du départ devenant une jeune femme forte et sensible. Un bel envol.

Posté par Caroline Dumont à 13:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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