21 avril 2013

Je m'appelle Mina de David Almond

je m'appelle mina

Je m'appelle Mina est un de ces rares récits à nous émouvoir de bout en bout. Mina est une jeune adolescente, "au seuil d'une période d'émerveillement" comme le dit joliment sa mère. Une nuit, elle décide d'écrire son journal intime. Un journal intime totalement différent, à l'image de Mina, un journal où elle laissera ses pensées vagabonder, les mots l'emporter et où elle y consignera les événements qui l'ont marquée.

"Je vais laisser mon journal se développer comme le fait mon esprit, comme un arbre ou un animal, comme la vie. Pourquoi un livre devrait-il raconter une histoire d'une façon linéaire et monotone?"

Et rempli de vie, son récit l'est. Car Mina ne fait rien comme les autres. La lire, c'est s'enthousiasmer avec elle sur le goût des roulés aux figures, sur l'étrangeté et la beauté de mots comme "métempsychose" ou  "archéoptéryx", chérir William Blake et s'émerveiller sur la beauté des merles lorsque les rayons du soleil caressent leurs plumes. La typographie est d'ailleurs en accord avec le récit, jusqu'aux mots écrits en majuscules, comme clamés par Mina.

Ainsi le journal de Mina s'enrichit sans cesse de poèmes qu'elle écrit elle-même, de citations, d'amusements imaginés par elle :  nous raconter l'histoire de Saint Kevin et le merle, faire comme elle le propose des "activités hors pistes" adressées autant à elle qu'au lecteur comme par exemple  "Observer la Poussière qui Danse dans la Lumière" ou "Écrivez une page de mots exprimant la beauté et la joie", ce à quoi Mina s'emploie dans deux pages incroyables ! Mina nous invite à contempler le monde (l'une des activités hors piste est de toucher son pouce avec son index, et ainsi de regarder le ciel de jour comme de nuit, par son rond et d'observer simplement) et à s'en émerveiller comme elle le fait.

Mina est scolarisée à la maison, avec sa mère. On comprendra par des épisodes qu'elle nous révélera ensuite, que certains évènements ont fait qu'elle ne pouvait pas rester dans un système scolaire, Mina est hors-norme selon certains de ses anciens professeurs. Pour Mina, l'école était une cage, or comme le disait William Blake :

"Comment un oiseau, né pour la joie, peut-il rester enfermé dans une cage et chanter ?"

Peu à peu, Mina va se livrer entièrement, les choses tristes nous seront écrites à la troisième personne du singulier, ce qui permet à la jeune fille une distance et de se sentir plus à l'aise pour les dévoiler. Il y aura son échec à s'intégrer dans son école, puis l'essai dans un centre d'enseignement spécialisé. Son journal évoque également la difficulté d'être soi, de grandir.

"Quoi qu'il en soit, je vais faire en sorte que mes mots s'échappent des cages de la tristesse, et qu'ils chantent de joie."

J'ai trouvé le récit très beau, à un moment de l'histoire, lors d'une promenade, la mère de Mina lui évoque Paul Klee et ses tableaux qui semblaient être peints par un enfant :

"Picasso adorait le travail de Klee, poursuit mam. Il disait qu'il faut des années pour apprendre à peindre comme un maître, mais qu'il faut une vie entière pour apprendre à peindre comme un enfant."

Pour moi, David Almond a réussi à insuffler à son personnage, Mina, l'âme et la vie et à nous transcrire sa façon de penser et son histoire. Il a réussi à écrire comme un enfant le ferait, comme l'imagination foisonnante et surprenante d'une jeune fille.


Un ouvrage subtil et bouleversant sur l'enfance et la différence, mais aussi sur la créativité, sur le pouvoir libérateur des mots : un roman que l'on est triste de quitter tant sa narratrice est attachante.

Je m'appelle Mina reprend les personnages du tout premier livre pour la jeunesse de David Almond, Skellig, un autre beau roman...

Posté par Caroline Dumont à 18:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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