24 avril 2016

Ma fugue chez moi

Ma fugue chez moi

Ma fugue chez moi

de Coline Pierré, le Rouergue, 2016

"L'air sec et glacial envahit mes poumons. Je ne sais pas vraiment où je vais. Je ne rejoins personne. Je n'ai pas envie de voyager, je ne me vois pas traîner dans la rue ou vivre dans un squat. Me droguer ne m'attire pas non plus. Je ne me sens ni punk, ni aventurière, ni hippie. C'est juste que j'en ai assez de cette vie. J'en veux une autre."

Anouk a 14 ans, une passion pour le banjo, une famille plus ou moins bancale avec une petite soeur passionnée de danse, un père qui aux questionnements de sa fille sur la vie a des réponses plus que floues, et une mère aux abonnés absents quelque part sur une base scientifique en Norvège. Anouk a aussi une ennemie terrible (terrible car ancienne amie proche) qui lui pourri la vie quotidiennement au collège. Alors Anouk choisit la fugue. Or pas n'importe quelle fugue... Car Anouk n'a pas l'âme d'une aventurière à la Kerouac : marcher dans le froid de décembre dans les rues bondées avec le marché de Noël ça ne la tente pas. Alors Anouk décide de fuguer dans son grenier. De se fabriquer un petit cocon, là haut, loin du quotidien, de la famille, loin du collège aussi. Chaque geste devient une petite survie, une petite organisation pour tenir le plus longtemps possible dans la solitude, dans le calme, afin de maintenir sa disparition. Anouk s'enfuit donc, se munissant de L'attrape-coeurs et de Robinson Crusoé (parce que de circonstance) et entame une parenthèse, durant laquelle elle prendra de la hauteur sur elle-même, mais aussi sur sa famille.

Le roman ressemble à son héroïne : l'air de rien, tout doucement, par le sujet d'une révolte silencieuse - Anouk ne veut plus de son monde tel qu'il est-, il laisse entrevoir des petits bouleversements, qu'ils soient intérieurs chez Anouk, mais aussi dans sa famille, où chacun se remet en question. L'écriture est joliment tournée, traduisant assez délicatement la colère d'Anouk mais aussi sa culpabilité, sa tristesse de rendre les siens tristes, tout en prenant le temps de bénéficier de cette fugue, pour mieux comprendre et se comprendre, accepter et peut-être aussi grandir.

"Dans le fond, je crois que je n'arrive pas à me débarasser de ma culpabilité. Je ne me remets pas de ce que j'inflige à ma famille. Je ne pensais pas que ce serait si dur. Surtout, je ne pensais pas que j'aurais à m'en soucier. Pourquoi les décisions qui nous font du bien rendent-elles les autres tristes?"

Posté par Caroline Dumont à 17:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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