04 avril 2014

LES MOTS DONNENT DU SENS AUX CHOSES

Enfants de la foret

ENFANTS DE LA FORET

La base. Grume  13. Des caméras. Quelque part, où ? Après l’explosion de la bombe atomique sur la Terre.

 Des enfants seuls, sales, affamés, hagards…petits, grands, en guenilles, sans identité (ils portent des numéros, celui de leur âge). A la tête de ce groupe d’enfants, une fille Hana,  elle les mène à la baguette. Parmi eux, des enfants de tous âges, grands et petits, ils errent dans la base à la recherche de nourriture,  sans but, sans activités aucune. La loi du plus fort règne parmi eux, ils survivent… « Certains tournaient en rond, sans but, comme si on avait remonté un mécanisme, jusqu’à ce que le ressort arrive en bout de course. D’autres s’occupaient à se lancer un objet petit et dur mais rapidement ce qui avait commencé comme un jeu devenait un prétexte pour se battre. Souvent ils se mettaient  à plusieurs, concentrés, méthodiques, pour taper sur un seul. ….Mais la bagarre calmée ici, reprenait à nouveau 10 mètres plus loin…. »

Survivre à  quoi ? Qui sont-ils ? On  l’apprend au fil des pages de ce roman. Ils sont pour certain les rabiots : survivants de  l’ère post-atomique et les autres des surgeons, des enfants créés  artificiellement.  « Généralement les rabiots sont difformes, handicapés, bizarres. Ils ont été atteints par la bombe ou ses conséquences et ils portent les traces dedans autant que dehors… » Ni les uns ni les autres n’ont de souvenir de leur passé. Pour ce faire, tous les soirs, les surveillants  de la base leur distribuent, non pas de la nourriture, mais un médicament pour leur effacer la mémoire et surtout les rendre dociles. Ils sont parqués dans cette base, officiellement, pour attendre les parents désireux de les récupérer.

Parmi ce grume 13, une bande d’enfants, à leur tête : Hana et puis Tom un garçon, effacé, à l’écart du groupe. Tom, régulièrement, subit l’apparition de « tesson » : bribes douloureuses de souvenirs qui lui reviennent… Il est un rabiot ! Est-il le seul ? Et puis Tom a un secret, il visite régulièrement la forêt qui entoure la base. Il finira par y  découvrir un sac à dos avec à l’intérieur, un livre !  Ce livre va devenir pour Tom et rapidement pour ce groupe, porteur d’espoir, d’envie de liberté, de questionnement quant à leur existence, à leur vie, à leur avenir, à leur identité propre. Ce livre et les histoires qu’il contient les mèneront jusqu’ à  la fuite, malgré la peur de l’inconnu, la peur de l’avenir…la peur d’être repris. « Les mots donnent du sens aux choses » (J.R.R Tolkien)

Commence alors pour ce groupe, un voyage initiatique au cœur de cette forêt. Initiatique car ils vont devoir réapprendre ou apprendre pour certain,  la vie en groupe, les liens qui vont en découler, l’amitié, la fraternité, la jalousie, apprendre à survivre avec ce que la nature leur propose, leur offre, des gestes comme la chasse, la pêche, se laver, s’habiller… posséder un lieu à eux : une maison, leur maison… avec les dangers qu’elle leur impose : la nuit, les animaux. D’ailleurs cette petite  communauté fera la rencontre  d’un drôle d’animal, mutant peut-être ou créé par l’homme, ils l’appelleront Cano ; il les protègera, chassera avec eux. Durant ce périple, ils continueront à être observés par les gardiens de leur grume, nuit et jour. Mais pourquoi n’interviennent-ils pas ? Pourquoi les laissent-ils vivre cette aventure ?

Béatrice Masini nous propose ici un roman qui nous plonge dans l’univers du conte, ils sont d’ailleurs très souvent cités. Le conte grâce au livre de Tom est omniprésent, il est celui qui entraîne les enfants vers la voie du questionnement, car ils y découvrent un monde inconnu d’eux :  la nature, les fruits, la bonne nourriture, les parents, la famille.  Le conte leur fait apercevoir la normalité  de ce qu’aurait dû être leur vie, les manques de leur existence… Le conte est omniprésent car cette aventure humaine se passe dans la forêt, élément des contes par excellence ! Dans cette aventure on parle de la cruauté de certain adultes envers les enfants, tout comme dans les contes,  avec les pionniers (les adultes qui ont vécu l’explosion atomique) que les enfants pensent être des dévoreurs d’enfants : les ogres ne sont-ils pas  des personnages de contes ?

C’est ici un récit dur, quand à la condition de vie des enfants mais avec un style très poétique, à la limite du conte et du récit initiatique.

Un très bon moment de lecture.

Posté par VirginieDelattre à 15:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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