06 mai 2013

The Plague Dogs

plaguedogs

Véritable petit bijou du cinéma d'animation britannique, The Plague Dogs de Martin Rosen a plus de 30 ans (il est sorti en 1982) et est pourtant bouleversant d'actualité. Il raconte la folle échappée de deux chiens, Snitter petit fox terrier, et Rowf croisé de golden retriever, fuyant d'un laboratoire de recherche, à Caniston, dans la région du Lake District. Les premières images sont d'ailleurs difficiles, on plonge dans l'univers dur et froid du laboratoire où des scientifiques sans coeur soumettent les animaux à différentes tortures et leur inoculent des maladies virulentes...

Profitant d'un geste distrait d'un gardien, les deux chiens vont fuir ces "satanées blouses blanches !", quitter ce monde de souffrance et de peine, et retrouver la liberté. Le laboratoire se trouvant en plein coeur d'un parc naturel, loin de la civilisation, les deux chiens vont devoir survivre dans une nature sauvage, toutefois moins hostile que les hommes. Cette fugue se fera sous le signe de l'animalité, avec une célébration du sensoriel (l'importance des odeurs, condition de leur survie, est sans cesse rappelée). Les chiens retrouveront leur instinct animal, aidés d'un curieux compagnon rusé, mais si les scènes de tueries du bétail nous sont évoquées (et qui sont d'ailleurs souvent occultées), elles n'égalent en rien la cruauté suggérée des hommes et de leur traque infernale...

La chasse est ouverte et en son final : la mer, promesse d'une île et de la liberté...

"Il doit y avoir une raison à tout ça" se demande Rowf, et pourtant on ne connaîtra jamais réellement l'utilité du laboratoire. Si les expérimentations sur Rowf sont claires depuis la scène d'ouverture du film (les scientifiques testent ses limites physiques), celles sur Snitter sont plus floues au départ, jusqu'à leur révélation. Snitter a subit une vivisection, une opération expérimentale visant à brouiller le subjectif et l'objectif... Le petit chien connaît alors des périodes de transes inquiétantes, brillamment retranscrites par l'animation transposant scènes réelles et souvenirs de Snitter et rappelées par ses mots déchirants : "Je veux rester à l'intérieur de ma tête"...

D'un point de vue technique, les images peuvent sembler un peu désuètes, l'ambiance sombre de la situation initiale (le laboratoire) tranche parfaitement avec les premières images de l'évasion (la nuit étoilée) augmentant le sentiment nouveau de liberté. Puis les images se font ocres, vertes, grises étrangement réalistes, en symbiose avec la nature hostile et immense du parc écossais. Et le rouge n'y est pas exclu, le sang est montré, versé, fréquent...

Illustration d'une violence réelle et quotidienne des hommes envers les animaux, traités comme de simples numéros, The Plague Dogs est une critique virulente du comportement humain, les hommes sont d'ailleurs souvent sans visages, réduits à des fonctions (les fermiers, le docteur, la journaliste etc), et à leurs accessoires (seringues, fusils, balai), silhouettes sans âmes, ni humanité.

En utilisant le thème de la maltraitance des animaux, le réalisateur nous invite à réfléchir sur la déshumanisation du comportement des hommes. L'amitié, la solidarité, l'aide, autant de valeurs humaines, sont ici véhiculées que par les deux chiens et le renard et jamais par les hommes... Triste constat.

La belle chanson finale d'Alan Price permet une ouverture vers le repos, la paix et la fin de la souffrance.

Posté par Caroline Dumont à 18:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


Commentaires sur The Plague Dogs

Nouveau commentaire