04 juin 2016

La révolte d'Eva

 

La révolte d'Eva

 

La révolte d'Eva

de Elise Fontenaille, Rouergue, 2015

"Du plus loin que je me souvienne, papa m'a toujours tabassée. Pas un jour sans une volée de coups. À force, j'y étais presque habituée."

Il était une fois, une maison à l'écart du village à la lisière d'une forêt. Dans cette maison vivait un père, une mère et leurs cinq filles. Eva était la troisième, celle du milieu, la plus jolie, adorable enfant aux boucles blondes, la plus intelligente aussi, celle qui aime lire, la préférée du père, ce qui signifie celle qu'il bat le plus, qu'il humilie sans cesse.

Car le quotidien de cette famille est rythmé par les volées de coups que le père distribue à tout va. Faire mal, frapper, est sa façon d'aimer "terrible et folle" comme le précise Eva. Un père qui est craint autant par ses filles, que par sa femme - dont la présence est réduite à une peau de chagrin, fantôme à la fois victime et complice de son mari, qui jamais ne se révolte contre la violence qu'il fait subir à leurs enfants. Un homme qui est craint aussi dans tout le village, qui passe son temps à chasser, à tenir des discours horribles et racistes, et qui oblige sa famille à saluer chaque jour le portrait d'Hitler... Les rares échappées d'Eva se font à l'école, avec son amie Patricia, avec son chien aussi, mais surtout dans la forêt, où elle parvient à retrouver une certaine innocence et une insouciance.

Si c'est le récit d'une violence quotidienne, c'est aussi le récit d'une survie mentale, comment la jeune Eva parvient à tenir face à l'horreur brutale auquelle elle est obligée de faire face chaque jour. Et comment aussi elle va y mettre fin, devenant vengeresse, se délivrant du joug d'un monstre.

Elise Fontenaille nous offre un roman qui fait office d'une claque, sur la maltraitance enfantine, aussi bien physique que morale. L'auteure parvient à nous faire sentir toute l'horreur de la condition d'Eva sans jamais verser dans le misérabilisme ; elle s'efforce de traduire l'irracontable, grâce à une écriture distanciée, presque froide, comme si son héroïne était désormais détachée de son enfer, et pourtant avec une narration sur un mode de la confession. La lecture est dure, de par les faits, de par aussi la complexité de la relation entre Eva et son père, de par la dénonciation non seulement de la violence du père, mais aussi de par l'inaction de la mère, qui devient de ce fait tout aussi abusive que son mari. Le récit est court et bouleverse entièrement son lecteur, et réussit à exprimer l'abominable, avec force et émotion.

"Il nous aimait, mes soeurs et moi, à sa façon. Mais il avait une bête en lui - un démon. L'alcool, sûrement, mais pas seulement. Un démon, en lui, bien profond. Profond-profond, un puits de terreur. À se pencher sur son eau noire, on risquait de basculer, et de tomber dedans."

Posté par Caroline Dumont à 17:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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