02 juin 2016

Un jour il m'arrivera un truc extraordinaire

Un jour il m'arrivera un truc extraordinaire

Un jour il m'arrivera un truc extraordinaire

de Gilles Abier, La Joie de Lire, 2016

"Tout à l'heure, sur la moquette, il a suffi que je ferme les yeux pour qu'une vision insolite s'impose à moi, sans mon accord. J'étais au-dessus de la maison, à planer dans les airs, les cheveux ébouriffés par le vent. Et je ne craignais pas de tomber, je contrôlais mon vol, maîtrisant chaque muscle de mon corps. Je ne me suis jamais senti aussi libre qu'à cet instant. Et si ce rêve éveillé était annonciateur d'un futur inouï ?"

Elias s'est toujours senti à part. Déjà physiquement, il est plutôt chétif, maigre, pâle, et parait être en primaire alors qu'il est au collège.. Et puis mentalement aussi, Elias a un pouvoir : celui d'avoir une imagination débordante, de pouvoir se transporter en une pensée dans un ailleurs exotique ou de vivre mille et une aventures fantastiques. Il faut dire que coincé entre une mère un peu étouffante, un papa loin car divorcé, et un nouveau beau-père Franck, peu bavard, le quotidien d'Elias est un peu morne. Or un jour, Elias se sent curieusement différent, plus léger, plus aérien et il y a ces mystérieux rêves qui le font planer, s'envoler au-dessus de la ville, comme s'il devenait un oiseau... Tout doucement, son imagination va prendre le dessus et le roman va peu à peu basculer dans un suspense un brin fantastique, Elias se voyant alors se métamorphoser en un oiseau. Heureusement, Elias a de chouettes amis sur qui s'appuyer pendant son inquiétante transformation : Matilde, hyperactive et aux idées foldingues, et Milo (fou amoureux de Matilde), deux personnages qui apportent un brin d'humour bienvenue. Or est-ce un rêve de plus ou une réalité inquiétante qui plane sur Elias ?

Le roman de Gilles Abier possède une écriture fort fluide, prenante, souvent poétique. Toutefois, j'ai trouvé que l'auteur ne ménageait pas assez le suspense - ou est-ce moi qui est trop vite deviné ce qu'il retournait de cette étrange transformation ; j'ai souvent pensé au beau roman de Pascale Maret, Les ailes de la sylphide, où l'intrigue ou plutôt la thématique de la métamorphose est prétexte pour dévoiler autre chose... Certains chapitres se terminent (un peu trop à mon goût) brutalement sur les menaces qui pèsent sur Elias : on sent un trouble monter, quelque chose qui va mal, quelque chose de grave et qui le bouleverse, qui le transforme en "corvidé", comme il le dit lui-même. Je ne peux en dire plus si ce n'est que le roman demeure intéressant et m'a plu, notamment grâce à la personnalité d'Elias, qui demeure un personnage à la fois sensible et fort, et extrêmement attachant. Il est bien sûr question non seulement d'échappatoire mais surtout d'envol dans ce roman, et les toutes dernières pages le confirment.

"Un cauchemar dont je n'ai personne à qui parler. Ce n'est pas, comme Milo a pu me le faire soupçonner tout à l'heure, mon inconscient qui joue avec mes nerfs. Non, je suis sûr de ce qui m'arrive. Je commence une métamorphose. Je deviens un oiseau ! Et ça me terrorise. Parce que si je me trompe, c'est que je suis fou. Quelle que soit la réalité, je perds à tous les coups."

Posté par Caroline Dumont à 18:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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