09 juin 2014

La Cloche de détresse de Sylvia Plath

La cloche de détresse

"Pour la personne qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figée comme un bébé mort, c'est le monde lui-même qui est le mauvais rêve."

La Cloche de détresse est le récit de cet enfermement - cette jeune fille, mise sous cloche, sous une chape de désespoir, de tristesse qui s'abat sur elle. Esther Greenwood est sélectionnée pour un stage d'été à New York, au sein de la rédaction d'un magazine côté. Alors que tout semble lui réussir, la jeune fille ne parvient pas à se sentir heureuse. Chaque instant qui pourrait lui apporter de la joie, chaque expérience, chaque avancée lui paraît factice, inutile. Le milieu où elle tente de s'épanouir - soirées mondaines, cocktails - lui semble toujours plus futile, plus vain. La jeune femme observe les événements se dissoudre lentement, avec ironie, car rien n'a d'importance, comme détachée d'elle-même et des autres, et ne sent être à l'aise nulle part. Peu à peu, ce malaise s'amplifie, dès l'instant où le stage à New York prend fin et où Esther rejoint le domicile familial. Le mal-être amorcé dans la première partie du roman - par le biais de sarcasmes, de malaise - s'amplifie dans la deuxième partie du roman, où la dépression s'installe avec force. Refusée à un atelier d'écriture d'été, en proie au doute quant à son talent, son avenir - est-il possible d'être autre chose pour une femme qu'une mère au foyer ou une sténo-dactylo dans les Etats-Unis des années 50 ? - la jeune femme sombre doucement. Elle tente d'écrire un roman, mais en vain. Esther arrive à un point où elle ne trouve plus le sommeil, ne se lave plus, ne mange plus. Inlassablement des pensées morbides l'assaillent, et Esther se laisse doucement emporter par l'appel du vide et de la mort, devenu obsédant. Une faille s'ouvre en elle, et ne se refermera jamais. Plusieurs fois, elle envisage le suicide. Placée en asile psychiatrique, Esther connaîtra les électrochocs et autres traitements douloureux, qui tenteront de mettre à mal sa dépression.

Le roman de Sylvia Plath est à la fois angoissant, fascinant et tortueux. L'auteure y décrit la dépression perçue de l'intérieur avec justesse, l'image de la cloche de verre évoquant la vision du malade d'un monde comme distordu, par la mélancolie, la folie et la tristesse, allant jusqu'à étouffer sa victime. L'angoisse revient souvent dans le récit, comme parasitant l'écriture, comme des pensées sombres qui gagnent l'esprit de l'héroïne. Le sujet douloureux et dramatique de la dépression y est ici sauvé par l'écriture à la fois délicate et acérée sur son époque, le ton y est - paradoxalement au sujet - plein de vie, la fin est d'ailleurs pleine d'espoir, même si la menace de la cloche de détresse n'est jamais loin.

"J'ai respiré un grand coup et j'ai écouté mon vieux coeur fanfaron. Je vis, je vis, je vis."

Un autre aspect du livre, très présent, est celui de la condition féminine. À plusieurs reprises, Esther est oppressée par son avenir en tant que femme, elle qui ne souhaite ni se marier, ni avoir des enfants. Elle sent que l'on n'existe pas sans ça, que c'est sa condition, qu'elle ne pourra y échapper, que ses ambitions littéraires seront broyées par cet avenir. Le seul tort de cette jeune femme était de vouloir plus, mieux, que ce que la société pouvait lui apporter, être regardé et perçue autrement et surtout vivre un avenir incandescent, beau comme elle le dit elle-même : "je voulais moi-même partir dans toutes les directions, comme les traînées colorées des fusées du 4-Juillet". Un appel à la vie retranscrit par une écriture vivante, intime, qui rend l'héroïne très proche du lecteur, et par cette proximité nous blesse, nous éreinte et nous marque fortement, car le récit est parfois éprouvant, parfois cocasse, poétique, beau, triste et tout cela condensé dans ce bel ouvrage.

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Posté par Caroline Dumont à 17:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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