22 avril 2014

Automne de Jan Henrik Nielsen

Automne

"Et puis, en plein été, tout a commencé à faner. Les feuilles ont jauni, rougi, et sont tombées. Personne ne comprenait ce qui se passait. Les journaux parlaient de drôles d'incidents, mais, au fond, personne ne s'est trop affolé. En tout cas, pas au début. Et puis tout a arrêté de pousser. Les céréales et les pommes de terre se sont mises à pourrir, ensuite les animaux sont tombés malades. Ils mourraient les uns après les autres. Et à la fin, ça a été le tour des hommes."

Nanna et Fride passent leur journée à jouer, à lire, à s'ennuyer, blotties au fond d'un bunker. Les seuls contacts qu'elles ont avec le monde extérieur est ce qu'elles nomment "l'Observatoire", où grâce à un périscope elles peuvent contempler le paysage du dehors. Un paysage dévasté, aux arbres nus, aux fleurs atrophiées et surtout sans une âme qui ne vit. Sans un son, sans un bruit. Une immensité gangrenée par la maladie, contaminée par un mystérieux virus qui s'est déclenché il y a six ans de cela, alors que Fride n'avait que quelques mois et qui a décimé la population et la nature entièrement. Seuls ceux qui ont pu obtenir des médicaments et qui ont fui la Ville ont pu survivre. Ce fut le cas des deux soeurs et de leur père. Leur mère, médecin, est restée dans la zone urbaine, on ne sait si elle fut rescapée, même si Fride le croit très fort. La petite famille s'est alors réfugiée dans un bunker, sur une petite île, isolée de tout. Les années ont passé, à se cacher, à avoir peur, à jouer à faire semblant de manger autre chose que des conserves. Le père reste laconique devant l'avenir, s'affaiblit, tente coûte que coûte de faire face. Et puis un jour, les ressources commencent à manquer. Et Nanna et Fride ne tiennent plus de rester enfermées, toutes les deux vont tenter d'ouvrir la trappe, lors de l'heure de la sieste de leur père. La trappe, où au-dehors se trouve le monde...

Ce roman, tout en tension, offre un beau récit d'un monde post-apocalyptique : un monde dévasté par une catastrophe écologique. La survie en est bien sûr le principe motif du récit, mais pas seulement : la narration y est sans cesse traversée de nombreuses réminiscences, réclamée par Fride à sa grande soeur, Fride n'ayant jamais vu le monde "réel", étant un nouveau-né au moment de la tragédie. Ainsi, Nanna se rappelle et chaque souvenir illumine le paysage désolé de la simplicité et de la beauté de la vie d'avant : la sensation de l'eau de mer sur la peau, la tiédeur d'un rayon de soleil, le bruit des pas dans une cage d'escalier, pêcher... Toutes ces actions sont convoquées dans le roman, comme un témoignage d'une vie passée, révolue, teintant le récit d'une douce nostalgie. Ce récit se couple rapidement d'une mission, qui va le dynamiser : le père tombe malade, s'ensuit une course aux médicaments pour les deux soeurs. Un voyage qui va leur permettre de se confronter au monde extérieur, mais aussi aux autres survivants et qui va leur faire prendre conscience qu'elles ne sont pas si seules que cela. Le récit est très accessible, sa thématique est claire dès le départ, manifeste pour l'écologie, l'histoire ne demeure pas trop sombre malgré la tragédie, réservant au lecteur un bel espoir. La noirceur du contexte (l'auteur évoque régulièrement la désolation du paysage, que l'on devine facilement être du fait de la main de l'homme) est balayée par la relation entre Nanna et sa petite soeur, leur courage ainsi que par la voix de Fride, très fraîche. Le rythme est parfois lent, sans que cela ne soit gênant, mais participe à cette atmosphère particulière, d'un temps suspendu. Ce qui m'a gênée par contre c'est que le fil de l'histoire est prévisible, certains points auraient également pu être étoffés. Toutefois il en résulte une jolie histoire prenante et qui questionne le lecteur. À noter, la très belle couverture de l'auteur de Garmann, Stian Hole, qui nous plonge tout de suite dans l'ambiance mélancolique du récit.

"Si, c'est beau. Tu n'as pas idée comme c'est beau. Sentir le soleil, le vent, la mer. Et la pluie. Et les cailloux et le sable sur la plage. Tu n'as pas idée, je te dis."

Posté par Caroline Dumont à 19:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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