16 mars 2014

Ne t'inquiète pas pour moi de Alice Kuipers

Ne t'inquiète pas pour moi de Alice Kuipers

"Parfois, on dirait que c'est plus facile de poser les questions par écrit, pour te demander comment tu vas et comment ça se passe avec le médecin, tout ça."

Il y a une petite tradition épistolaire dans la famille de Claire : elle et sa mère communiquent énormément par post-it interposés collés sur la porte du frigo. Quoi de plus normal pour une jeune fille, prise par son quotidien d'adolescente au lycée d'oublier sa clé et d'écrire des "je t'aime " en toute hâte à sa mère avant d'aller retrouver ses amis ? Et puis, la mère, divorcée, est souvent de garde à l'hôpital où elle travaille, entièrement prise à faire venir des nouveaux-nés dans ce monde. C'est donc une correspondance souvent courte, composée régulièrement de choses à ne pas oublier, de courses à faire, de paille à acheter pour Jeannot, le lapin de la famille, d'argent de poche à réclamer et puis de mots doux, tendres et parfois un peu révoltés (le "ta servante à demeure" un peu amer de Claire après s'être occupée de la totalité des courses). Et puis un jour, au milieu des ces listes de pommes, de pain, de lait à penser, une inquiétante nouvelle se glisse, bouleversant irrémédiablement l'équilibre de la mère et de la fille : la mère est atteinte d'un cancer du sein. Les post-it vont alors dévoiler de nouvelles angoisses, parfois de la colère, de l'incompréhension. "Ça n'a pas l'air réel ?" dit Claire à sa mère, car la situation, la maladie vont chambouler le quotidien des deux femmes. La correspondance, anodine, devient alors un instantané de la vie tentant de se frayer un chemin hors de la maladie, de l'espoir qui tente de reprendre le dessus chez les deux femmes. Et alors, quoi de plus beau, dans ce contexte de traitement, de chimio, que de regarder la beauté du jardin comme le dit la mère et d'en faire part à sa fille :

"Claire, je suis restée longtemps à regarder par la fenêtre avec Jeannot en pensant à la beauté du jardin. Avec la neige qui commence à fondre et sa fourrure pleine de soleil, j'ai l'impression que ça ne va pas si mal."

La maladie va non seulement rapprocher les deux femmes, faire mûrir forcément la jeune fille mais chacune vont repenser leur rapport à l'autre. "Ai-je été une bonne mère ?" demande la mère à sa fille. Quant à Claire, elle va se mettre à écrire des poèmes, souvent à l'ode de sa femme. Dans chacun de leurs mots, on ressent alors un certaine immédiateté, une urgence, un pressentiment que le temps ensemble est toujours trop court. Le format même de ces petits billets, toujours d'une grande brièveté, offre à Claire et sa mère un endroit pour retranscrire toutes leurs angoisses qu'elles n'osent pas aborder à voix haute. À travers ces courtes missiles, l'auteure parvient à donner vie à deux beaux personnages. Le récit est très émouvant, et pourtant par le biais de cette correspondance inédite, le roman ne sombre jamais dans le mélodramatique.

"Toutes ces questions me font pleurer, maman, sans que je sache pourquoi. Peut-être qu'elles sont une ouverture sur un monde dont je commence tout juste à percevoir les contours. Un monde d'adultes."

Posté par Caroline Dumont à 16:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


Commentaires sur Ne t'inquiète pas pour moi de Alice Kuipers

    Un roman magnifique qui m' a émue aux larmes!!! Je ne pensait pas que l'on pouvait faire contenir autant d'émotions dans un si petit bout de papier (post-it!). Un roman intense sur les relations entre cette mère (atteinte d'un cancre du sein) et de sa fille...Il vous invite à réfléchir sur votre propre existence...Superbe.

    Posté par VirginieDelattre, 25 mars 2014 à 11:20 | | Répondre
Nouveau commentaire