14 mars 2014

Le vent se lève de Hayao Miyazaki

Le vent se lève

Depuis son enfance, Jirō rêve de voler. Du haut du toit de la maison familiale, le garçonnet contemple le ciel et rêve de l'immensité du ciel, de vols infinis. Son modèle est Gianni Caproni, un concepteur d'avion italien qui hante régulièrement ses rêves. Ayant la vue basse, Jirō sait qu'il ne pourra jamais devenir pilote. L'alternative sera de devenir ingénieur aéronautique. L'enfant devenu jeune homme, devient rapidement un jeune prodige du milieu. Engagé dans une grande entreprise d'ingénierie au Japon, Jirō n'aura de cesse de créer l'avion parfait, jusqu'à réaliser son rêve : inventer un avion à la ligne si légère et puissante à la fois qu'il deviendra machine de mort. Car Jirō est l'inventeur des fameux Zéro, des chasseurs bombardiers utilisés lors de la Seconde Guerre Mondiale, Miyazaki s'inspirant de l'histoire de Jirō Horikoshi.

Au travers de l'histoire de Jirō, c'est toute une tranche d'Histoire du Japon que Miyazaki aborde : le grand séisme du Kantô en 1923 est vécu par Jirō et sa future femme, l'épidémie de tuberculose qui frappa le pays, l'alliance du Japon avec l'Allemagne lors de la guerre et surtout l'implication même de Jirō dans l'Histoire : ses créations, détournées de leur aspiration première (créer une perfection pour Jirō), génèrent la barbarie... Tant d'épreuves, de souffrances d'un pays sont évoquées subtilement par le réalisateur et donne à son film un ton plus grave et plus "crépusculaire" que les autres, renvoyant alors aux vers de Paul Valéry "Le vent se lève, Il faut tenter de vivre". Car malgré ces catastrophes, c'est du côté de la vie que se place Miyazaki. Et c'est ce qui offre un certain état d'apesanteur au film, cette obstination à garder une grande place pour le rêve mais également ce soucis du détail, des petites choses simples du quotidien - contempler la nature, les arbres si frémissants, l'envol d'un chapeau qui fait se rapprocher des amoureux, la beauté et la délicatesse de la compagne de Jirō, s'envoyer de petits avions en papier lors d'un séjour idyllique éloigné des rumeurs de la guerre... Les moeurs japonaises de la société de l'époque sont retranscrites avec précision dans le film : le succès de la cigarette (!), une cérémonie de mariage traditionnel, l'importance du travail pour les hommes japonais (et la femme occultée...).

J'ai aimé l'atmosphère du film, ce mélange d'onirisme (les puissants rêves de Jiro) et de réalisme (la technicité des avions est souvent abordée, mais de façon accessible). Le film condense de nombreux thèmes présents dans l'oeuvre de Miyazaki, le vent notamment est très présent dans des films comme Porco Rosso, Le Château dans le ciel, Kiki la petite sorcière etc, mais aussi et surtout la thématique de la destruction, des catastrophes, qu'elles soient naturelles ou qu'elles soient dues à l'homme.

Ce qui m'a dérangé par contre dans ce film, c'est que rarement (ou si peu) Jirō ne s'interroge sur la destinée de ses constructions - ses rêves engendrent pourtant le feu, la destruction, la mort. Aveuglé par ses idéaux, il créé des machines à tuer, au nom de la beauté. Entièrement tourné vers ses rêves, il en oublie sa femme malade. Le héros m'a paru très candide et naïf et le contexte de guerre peu exploité finalement, ou par petites touches peu creusées. Une scène finale cauchemardesque cependant confronte le créateur à sa hantise, le faisant déambuler au coeur d'un cimetière d'avions, restes d'une guerre sanglante et rêves maudits de leur créateur. Bref, beaucoup d'émotions mais une passion qui m'a semblée "couper" le personnage de l'Histoire.

Posté par Caroline Dumont à 17:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


Commentaires sur Le vent se lève de Hayao Miyazaki

Nouveau commentaire