05 janvier 2014

Avé de Konstantin Bojanov

Avé de Konstantin Bojanov

"En quoi c'est héroïque de vivre comme ça... d'aller d'un point A à un point B" se demande l'un des personnages d'Avé. Avé c'est une quête, ou une errance, le spectateur ne sait pas trop de quoi il en retourne au début du film. Kamen, grand garçon aux yeux interrogateurs, se rend en stop à Roussé. On est en pleine Bulgarie. Sur le chemin, une jeune fugueuse, Avé, va s'imposer à lui, "s'imposer" car quoi qu'il fasse, la jeune fille ne décrochera pas : elle s'immisera sur sa route, peu importe ce qu'il lui dit, l'important est ce qu'elle raconte. Or Avé raconte énormément de choses, beaucoup de faux, un peu de vrai... Doucement, Kamen tombe sous le charme de la jeune fille.

Road-movie trouble et romantique, Avé nous offre une parenthèse dans la vie de ces deux jeunes, les affabulations de la jeune fille offrant un répit à une réalité sociale dans une Europe de l'est peu encline à faire rêver : pas d'argent, des adultes fantomatiques, des squats récurrents, et des jeunes adultes déjà éreintés par la vie. Kamen et Avé sont écorchés vifs et cherchent à oublier la dureté du réel.

Car Avé est avant tout un film sur la perte : Kamen a perdu son meilleur ami, suicidé. Avé elle, on le découvrira, est en train de perdre son frère. Entre ces deux âmes, une même errance, une même douleur dans le regard vague. Si Avé ment effrontément, parfois de façon dangereuse (l'inquiétante scène avec le camionneur au début du film), parfois pour se sacrifier (chez la famille de Viktor, endossant le rôle de l'ancienne amie pour faire du "bien" à la famille du disparu), si ses mots sont faux, c'est parce qu'ils cachent le plus souvent derrière eux l'indicible, une vérité triste, que la jeune fille camoufle à coups de rêves, de jeux, de mensonges. Tout le film repose d'ailleurs sur ce personnage énigmatique et charismatique, auquel l'actrice parvient à donner vie avec un magnétisme rare. On peut regretter quelques longueurs dans un film déjà court (1h20) et une tendance à la stagnation à la deuxième moitié du récit. Le film se conclut avec mélancolie et humour. Il restera comme trace du passage d'Avé dans la vie de Kamen, un même goût pour la fiction travestissant le réel, un sourire aux lèvres du jeune homme...

Posté par Caroline Dumont à 13:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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