28 décembre 2013

Le géant égoïste de Clio Barnard

Le géant égoïste

Ça commence par des coups. Brutaux, répétés. Lancés par Arbor, frêle blondinet, qui peine à contenir la violence sourde qu'il a en lui. Crise, hyperactivité, insultes proférées avec détachement, à peine amusé - Arbor cumule. Entre son frère qui deale et qui lui vole ses propres cachets pour se défoncer, et un quotidien de grisaille et d'école qui l'enfonce et qui ne tente pas de le comprendre, les seuls instants où Arbor souffle c'est lorsqu'il est avec son meilleur ami, Swifty. Un grand costaud qui lui aussi cumule : une fratrie nombreuse, une mère qui porte la misère et la tristesse sur son visage, un père qui semble peu porté sur l'éducation. Son seul bonheur, c'est les instants à jouer, à s'engueuler avec Arbor, et puis aussi sa passion des chevaux. Bref, les deux garçons passent leur temps à faire l'école buissonnière. Et puis un jour, ils trouvent une combine : ramener du métal sous toutes les formes possibles, à un ferrailleur. Le géant égoïste du titre c'est lui : Kitten, troublant bloc de silence, qui organise de temps à autre des courses de chevaux clandestines. Il n'hésitera pas à exploiter les deux enfants, attisant confusion et jalousie chez Arbor. Avec lui, les deux enfants vont découvrir l'argent, la cupidité, la déception, la peine, la culpabilité. L'histoire va virer à la tragédie.

Ça commence par des coups, par une douleur. Celle d'un quotidien qui laisse entrevoir peu d'issue à ces deux jeunes : autour d'eux tout est triste, sale, les rares adultes ne s'en sortent pas mieux : dépassés (la mère d'Arbor), vidés et éreintés par la vie, ils ont déjà lâché prise (la mère de Swifty), ou encore brûlés par les abus, les dettes, à peine entré dans l'âge adulte (le frère d'Arbor). L'environnement extérieur n'est pas mieux : mépris (les enfants se font traiter plusieurs fois de "gitans"), paysages abimés par une centrale nucléaire, les cables électriques... Quel peut-être leur salut ? Le film s'attache à montrer un milieu que l'on occulte, au sein d'un quartier populaire de l'Angleterre. Des enfants abandonnés par leur nation, déjà lessivés par le système (scolaire en l'occurrence), en marge, laissés pour compte, blasés par une vie dont ils ne connaissent que trop la suite, dans un univers à la Ken Loach, avec briques délavées, chômage et marché noir.

Ça se termine par une autre douleur, inaltérable, mais exit les coups : le film se coupe sur le souffle tranquille d'un cheval : Arbor a trouvé ce qui lui pansera ses plaies, peut-être une issue possible, des premiers gestes pour avancer, pour essayer de se sauver... Même s'il ne se hisse pas à la hauteur de Loach, Le géant égoïste est un conte social saisissant de réalisme, de cruauté et d'émotion.

Posté par Caroline Dumont à 22:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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