23 septembre 2013

Luke et Jon de Robert Williams

Luke et Jon

Aux dernières lignes du roman, le sentiment de mélancolie qui m'a tenaillée tout au long du récit, s'est fait plus fort : on quitte presque à regrets le quotidien de Luke et de son entourage dans leurs prises avec leurs démons. L'histoire est celle de deux adolescents, Luke et Jon, qui vont se rencontrer dans une petite ville du fin fond de l'Angleterre, là où la pauvreté et la misère font rage, là où la dureté de la vie est pourtant ancrée dans un paysage superbe, avec une lande aride et belle.

Luke se retrouve dans cette bourgade, après que sa mère soit décédée dans un accident de voiture. Déjà, avant, ça n'allait pas fort : sa mère était maniaco-dépressive, soignée au lithium et les périodes d'exubérance étaient suivies d'épisodes de forte tristesse. Pourtant, la famille de Luke était heureuse, sa mère quoique différente, offrait à Luke et à son père un climat baignant d'amour. Son père trouvait son bonheur dans son métier d'artisan : il construisait de petits jouets en bois, travail d'orfèvre qui permettait tout juste à la famille de s'en sortir.

Après l'accident, Luke et son père vont déménager à Duerdale, sinistre ville, coincée "entre landes et collines", où le jeune ado va rencontrer son seul voisin à des kilomètres à la ronde : Jon, orphelin lui aussi mais de mère et de père, surnommé le "Bâtard" au collège. Vivant quasiment en reclus avec des grands-parents mutiques et austères, Jon s'habille avec les rares vêtements qui lui ont été donnés, un style à la 1945, avec pantalon trop court et raie de côté. Les deux garçons sont exceptionnels : Luke possède un don pour la peinture en plus d'un regard d'un vert intense, dus à un problème de mélanine, Jon lui, a une mémoire photographique et est capable de mémoriser n'importe quoi. Entre ces deux abîmés de la vie, une amitié va naître.

A priori, le roman n'a pas de quoi enchanter... Brimades, deuil, alcoolisme parcourent le récit ; et pourtant l'histoire est superbe. Pleine de petits riens, de petits moments qui vont redonner à Luke l'envie de poursuivre, l'envie de vivre. Le premier fish and chips de Jon, le toucher lisse d'un gigantesque cheval de bois, peindre seul dans la lande des camaïeux de vert et gris, "arbres brisés par le vent, des granges délabrées et abandonnées, des ruisseaux glacés couleur gris ardoise". Les chapitres du roman sont autant de courtes missives, aux titres brefs comme de petites images épurées, constituant le récit : "Farouche, en bois, et blanc", "Murs blancs et plaids rouges".

L'auteur nous offre une belle écriture adolescente, paraissant tout droit sortie de la bouche de Luke, qui par sa précision des émotions, un style à la fois familier et poétique, nous emmène tout de suite dans le quotidien des ces beaux personnages paumés. La reconstruction ne se fera pas sans mal ; les jolis moments se frayant un chemin hors d'un dur quotidien et l'illuminant, beauté émergeant de nulle part, tel le gigantesque cheval sculpté par le père de Luke surgissant parmi les arbres au sein de la forêt de Duerdale, fier et superbe, défiant le monde.

Posté par Caroline Dumont à 12:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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