19 août 2013

Paranoid Park de Blake Nelson

Paranoid Park

"J'avais entendu parler de Paranoid , bien sûr, mais jamais je n'avais songé à y aller. Je me disais que ce n'était pas à ma portée. Mais lorsque j'ai fini par répondre que je ne pensais pas être prêt pour ça, Jared s'est marré et a répliqué un truc du style : "Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park." Alors on y est allés. J'étais nerveux, naturellement, mais aussi aux anges. Faire du skate à Paranoid. C'était un accomplissement. Quelque chose digne d'être raconté."

Tout commence par un lieu, Paranoid Park à Portland, au nom curieusement inquiétant et évocateur pour tout skateur un peu connaisseur. Paranoid Park - endroit de rêve pour le skate, uniquement destiné aux confirmés et donc marquant une maturité sportive. Paranoid Park, où traîne une population hétéroclite, les skateurs bien sûr mais aussi de très jeunes sdf, fugueurs, zonards. Un lieu estimé par la communauté du skate, mais craint également.

C'est à quelques mètres de là que va se dérouler le drame qui va faire basculer dans l'horreur la vie toute tracée de notre narrateur. Accidentellement, il va tuer un contrôleur de train. La scène est violente, choquante et s'ancre à jamais dans l'esprit du jeune garçon.

"Était-il possible de redevenir innocent et insouciant une fois qu'on avait fait un truc comme celui que j'avais fait ? Je n'en avais aucune idée. Et il n'y avait personne à qui demander."

Confronté à son acte, le narrateur va lentement en prendre conscience, et se retrouver dévoré par les regrets et dominé par la peur. Tout doucement, il va sortir des affres de son angoisse et accéder à bien plus qu'une simple lucidité. Car son acte va lui permettre d'interroger son univers - le lycée, les soi-disant amis, les filles, et constater avec froideur la vacuité de ce qui faisait alors son quotidien. On suit le cheminement mental de l'adolescent : l'impression de ne plus être là, à sa place, le sentiment de ne plus rien ressentir, d'être englouti par un rôle social qu'il doit sans cesse mettre en avant au bahut comme dans sa famille. Dans une Amérique pavillonnaire et étrange, où les clichés du lycée sont englobés dans un vaste ensemble désincarné, le narrateur va vivre le meurtre comme catalyseur et fuir ce monde.

A travers une correspondance avec une mystérieuse destinataire - le voile, évident, sera levé à la fin du roman - le narrateur se confie intégralement et tend à une certaine délivrance au fur et à mesure des lettres. Une réflexion sur la culpabilité, associée à un style dépouillé mais néanmoins puissant et d'une grande finesse auquel le lecteur accroche immédiatement.

Posté par Caroline Dumont à 12:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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