30 juillet 2013

Calpurnia de Jacqueline Kelly

Calpurnia

"Puis une araignée-loup, effrayante par sa taille et ses poils, rampa sur le gravier. Ell chassait quelque cjose de plus petit qu'elle ou était chassée par quelque chose de plus grand, je n'aurais su le dire. Je pensai soudain qu'il devait y avoir un million de drames mineurs qui se jouaient continuellement par là. Oh, mais ce n'était pas mineur pour le poursuivant ni pour le poursuivi, qui réglaient là une question de vie et de mort. Je n'étais qu'un simple spectateur, je paressais. Eux, ils jouaient pour de bon."

Fin du XIXème siècle, dans le comté de Caldwell, au Texas. Calpurnia, jeune fille de onze ans évolue au milieu de six frères, tout en vivotant et en se posant des questions sur le monde. Alors que sa mère la voit bien devenir "débutante" et la lancer dans le monde d'ici quelques années tout en devenant une as du point de croix, Calpurnia elle, rêve de liberté et de découvertes scientifiques. Elle va se rapprocher de son grand-père, le capitaine Tate, qui va lui faire découvrir les théories de Darwin et autres lectures scientifiques. Calpurnia va alors se heurter à un avenir tout tracé pour elle où l'observation du monde n'est point requis, car comme lui dit un de ses frères : "Les filles ne peuvent même pas voter. On ne les paie pas. Les filles restent à la maison"...

Le cadre de la plantation de coton de la famille de Calpurnia, la fratrie attachante, la campagne rurale du Texas, la chaleur de l'été offrent au roman un bel écrin. Les avancées scientifiques nous sont dévoilées de temps à autre - évocations souriantes des premiers coca-cola, de la première automobile, première ligne téléphonique. Au delà du portrait d'une demoiselle curieuse et vive, bien loin de la bienséance, s'esquisse une belle relation intergénérationnelle entre une petite fille et son grand-père, tout en complicité et réunis par une même passion.

J'ai d'ailleurs eu un gros coup de coeur pour ce "Bon-papa" bougon et érudit qui parvient à faire enfuir une prétendante bien ambitieuse suite à une conversation "avec force détails" sur "les différences entre le mâle et la femelle des deinacrida, ou sauterelles géantes" ! Calpurnia tient de lui son émerveillement permanent à chaque découverte de la nature, cette vivacité et ses réflexions sur le monde qui l'entoure où l'injustice est souvent de mise lorsque l'on est une femme... Calpurnia va saisir alors tout ce que son grand-père va lui inculquer et devenir une vraie petite naturaliste en herbe qui garde des grenouilles dans sa chambre ! Cela m'a fait penser au portrait que fait Marie-Aude Murail de Beatrix Potter dans son superbe Miss Charity ! La jeune fille n'a de cesse de s'interroger et tout relater dans son carnet, questions allant de la plus scientifique aux plus naïves et farfelues - comme cette réflexion que j'ai adoré : "Une luciole a-t-elle jamais pris un cigare pour un individu de son espèce ? Une méprise douloureuse - peut-être même fatale" !

Un roman savoureux, dont j'ai bien aimé la fin qui se clôt sur le siècle précèdent pour en commencer un nouveau, envahi par la neige - jolie métaphore d'un monde qui renaît, où tout paraît possible pour notre héroïne bien déterminée à laisser sa trace dans ce nouveau monde...

"Je levai les yeux vers bon-papa.

- Je suppose que tu viens de voir tes premières créatures microscopiques, remarqua-t-il en souriant. Platon dit que toute science commence par l'étonnement.

- Mon Dieu ! dis-je en appliquant de nouveau mon oeil à l'oculaire. Une chose garnie d'un tas de poils minuscules passa à toute vitesse. Puis une autre ondoya, avec sa queue en forme de fouet ; une sphère roulait et culbutait, barbelée comme une massue du Moyen Âge. Des ombres délicates, vaporeuses, fantomatiques, voletaient, entrant dans le champ, puis en sortant. C'était chaotique, c'était sauvage, c'était... ce que j'avais vu de plus étonnant de toute ma vie."

Posté par Caroline Dumont à 19:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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