26 mai 2013

"Elles finissent ou mal ou très mal, au choix"

Silhouette

Silhouette de Jean-Claude Mourlevat

Dix nouvelles, et autant de facettes sombres de l'être humain. Humiliations, meurtres, vexations, hasards sinistres, tout y passe ou presque. Sous la plume aigue de Mourlevat, le lecteur est embarqué dans ces petites épopées quotidiennes qui évoquent toute la petitesse, le banal de la condition humaine. Et ces récits sont bien souvent cruels; leur chute tombe en nous épargnant peu, nous laissant parfois un sourire en demi-teinte. Si cruauté il y a, l'humour noir n'est jamais loin, mais il est souvent très grinçant. L'auteur parvient à nous faire partager la culpabilité de ces personnages, leur manque de confiance en eux, leur volonté de « faire le bien » grâce à des situations où l'on peut s'identifier et des héros ordinaires (je pense à l'angoisse de l'ado dans Case départ, à l'envie d'expier les petites et grandes fautes passées du héros de Pardon), on compatit parfois à leur situation, et souvent on sourit tant l'ironie de la vie rattrape nos personnages..

C'est d'ailleurs cela qui m'a laissé un goût un peu trop amer après la lecture du recueil : cette légèreté dans la gravité, ces dénouements noirs, très noirs. Certaines nouvelles m'ont réjouie comme celle (Love, ma préférée!) de cette logeuse anglaise qui a un goût immodéré pour achever à coups de pelles les agresseurs... Elle m'a franchement fait penser à certaines nouvelles du grand Roald Dahl !

Je ne résiste d'ailleurs pas à vous dévoiler un petit passage :

« C'est là que les deux femmes entreprirent d'enterrer l'homme de la cabane. (…) Toutes deux chuchotaient, par prudence, et le bruit de la bêche qui s'enfonçait dans la terre meuble – elle l'est souvent en Angleterre – ne risquait d'alerter personne. Angélique revient avec trois bières fraîches et le décapsuleur.

- Le trou est peut-être assez profond ? Suggéra-t-elle au moment où sa logeuse attaquait sa deuxième Lager.

 - J'ai pas envie de retrouver le gros orteil à ce type dans le panier de ma tondeuse à gazon au printemps, répliqua-t-elle en redoublant d'efforts. »

Ou encore ce soixantenaire dans L'accord du participe qui guette tout discours politique afin d'y déceler les moindres fautes de grammaire et qui s'en insurge avec force !

J'ai été particulièrement touchée par Mme Maréchal dans Les jolis nuages, jeune retraitée qui découvre le magie des poèmes devenant alors ses compagnons quotidiens, la nouvelle se teinte d'une mélancolie subtile, jusqu'à ce que le temps reprenne ses droits...

Un recueil qui ne m'a pas entièrement convaincue mais qui happe le lecteur avec une force imparable du début jusqu'à ses fins terribles !

Posté par Caroline Dumont à 11:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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