24 mai 2013

La décision

la décision

"Quand j'ai repris conscience, j'étais à l'hôpital. Je suis seule dans cette chambre où tu n'es pas. Seule dans mon corps, seule dans ma tête, et pourtant nous sommes deux. Tu dors sans doute un peu plus loin, ailleurs, je ne le sais pas, je ne sais pas encore que tu existes, je suis fatiguée, ma tête est lourde. J'ai peur."

Louise est en Terminale S. Excellente élève, amie adorée de tous, insaisissable et sage, convoitée par les garçons, Louise est l'adolescente à qui tout sourit, du moins en apparence. Car un matin, prise d'un malaise, Louise demande à sortir en plein bac blanc de maths. Samuel, le délégué de la classe, l'accompagne. Et dans les toilettes pour filles du lycée, un cauchemar se joue : Louise accouche d'un petit garçon ; un bébé dont elle ignorait la présence en elle...

Le roman s'attaque à un sujet délicat et peu connu : le déni de grossesse. Le sujet donne lieu ici à un beau portrait d'une jeune femme, écartelée entre l'image que les autres lui renvoient d'elle-même et son envie d'exister pour elle-même. Louise est une jeune adolescente sur laquelle parents et amis projettent leur fantasme de perfection. L'accouchement fait office de déclencheur, de violence sourde face à toute cette pression, ces attentes. Et révèle à Louise un vide angoissant : elle ne sait plus qui elle est, comment les choses ont pu devenir ainsi. Ce portrait à l'aube d'une nouvelle vie moins parfaite mais plus légère, est ce qu'il y a de plus réussi, pour moi, dans le roman. On assiste à la reconstruction lente et douloureuse de Louise.

"Je voulais une vie à moi, une vie à inventer, peut-être pas grandiose et pas nécessairement tragique, en tous les cas, j'en avais l'absolue certitude, une vie portes ouvertes pour que rien ne se gâte, pour que rien ne moisisse, sans amertume et sans résignation."

La quatrième de couverture promet "un roman inlâchable et bouleversant", inlâchable il l'est, confrontant dès l'accident le point de vue des membres de l'entourage de Louise (parents, amis, psychologue de la maternité etc). Et tout doucement la narration se focalise sur le personnage de Louise, sans voix au début, puis butant et se perdant, elle s'impose ensuite, parallèlement à la renaissance du personnage. On plonge dans le récit avec facilité, avançant au fur et au mesure des différentes confrontations des voix des personnages, vers une vérité bien âpre... L'écriture d'Isabelle Pandazopoulos est juste et délicate (surtout dans son traitement de Louise) et le lecteur y adhère totalement.

Toutefois, je n'ai pas été "bouleversée" par le roman : la vérité sur l'histoire de Louise, la chute est attendue. Si j'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteur explore les réflexions de Louise, le personnage n'est pas parvenu à me toucher, trop distante, froide, "vide" peut-être je ne sais pas, j'ai eu du mal à m'attacher au personnage.

Il en reste que La décision est le portrait subtil d'une jeune fille qui se heurte au monde.

Posté par Caroline Dumont à 14:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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