22 mai 2013

Martha Marcy May Marlene

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Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin

Le film s'ouvre sur quelques scènes en apparence sereines dans les montagnes des Catskill, une ferme partagée par une communauté d'hommes et de femmes, qui évoque vaguement le monde mormon, chacun actif dans ses moindres petits travaux. Une femme s'occupe d'un bébé, une autre met la table, puis les hommes mangent en silence pendant que les femmes attendent leur tour dans la pièce d'à côté. C'est là que le mât se blesse : premier indice d'un univers où le rêve utopique cache bien des affres de noirceur car l'atmosphère bucolique n'en a que l'aspect. Et son envers est bien lourd : viol lors de la cérémonie "initiatique", brimades et surtout endoctrinement mental.

Une jeune femme, Martha Marcy, s'échappe : ce sera elle dont on suivra la quête. Quête du retour à la réalité, mais aussi quête intérieur du retour vers soi. Elle va trouver refuge chez sa soeur, Lucy. Peu à peu, les événements se retracent devant nos yeux, surgissement des souvenirs de Martha. On comprends qu'elle est tombée sous la coupe d'un charismatique chef de groupe, tour à tour obscur, creux et fou, qui la rebaptise Marcy May lors de leur première rencontre.

Sauvée de cette communauté, Martha va retrouver une réalité auprès du confort bourgeois de sa soeur, qui est bien différente de celle de la ferme. Conventions sociales, intimité, travail, autant de choses auxquelles va se heurter la jeune fille et qu'elle va devoir réapprendre. On ne connaît ni le passé ni les raisons, ou si peu, qui ont poussé Martha à rejoindre la ferme, sa "nouvelle famille". On se doute que c'est par désoeuvrement.

Mais où est la normalité ? Est-ce chez Lucy avec ses boissons protéinées, son immense maison et toutes ses règles? Le film interroge le concept avec subtilité.

"Ça t'est déjà arrivé de savoir si un événement est vraiment un souvenir ou juste un rêve ?" demande Martha : réalité et souvenirs s'entremêlent avec un sens aigu de la narration (beau travail de montage) : une action présente fait sans cesse écho à une autre passée dans la communauté.

Belle énigme vivante, l'actrice Elizabeth Olsen est de tous les plans, la caméra scrutant chacun de ses traits et de ses mouvements. Une belle révélation pour un film mystérieux, où la paranoïa s'immisce tout doucement, entraînant avec elle le spectateur, jusqu'à son final, où l'on ne peut démêler la réalité du cauchemar...

Dès 15 ans, car certaines scènes sont difficiles.

Posté par Caroline Dumont à 09:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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