14 avril 2013

"Par moments, c'était presque comme si j'étais lui et lui était moi"

le sauvage

 "C'était un enfant sauvage qui vivait dans le bois de Burgess, j'avais écrit."

Blue vit avec sa mère et sa petite sœur Jess, en périphérie de la ville de Saltwell. Le père est décédé il y a peu. Blue voit une psychologue, Mme Molloy, à qui il ne parvient pas à se confier. Le jeune adolescent est harcelé par un de ses voisins, Hopper, un pauvre garçon qui l'insulte et lui pourrit la vie.

Blue va trouver refuge dans l'écriture, par le biais d'une invention : le personnage du Sauvage. Le Sauvage est un garçon qui vit dans les bois, et qui rôde la nuit dans la ville, une hache ou un couteau à la main. Un être grognant, se nourrissant de poules qu'il tue ou de choses chipées et qui vit dans une grotte. Blue va être subjugué par son invention et se laisser emporter par l'histoire du Sauvage, l'écrivant le jour et rêvant de lui la nuit.

Peu à peu, la fiction va se mêler à la vie et Blue va se retrouver dépasser par ce qu'il écrit...

"- J'étais dans la grotte du bois de Burgess et je dévorais un lapin.

Elle [Maman] a rit et à mon tour j'ai ri, à moitié endormi. Je n'avais pas envie de me réveiller complètement. Tout me semblait trop réel. J'avais encore dans les narines le parfum de liberté du sauvage et j'ai dû lever les mains à la lumière de la lune pour vérifier qu'elles n'avaient pas de sang."

Le mal-être de Blue lié à la mort du père va trouver écho dans l'écriture : le personnage du sauvage sert d'exutoire à l'adolescent pour ses peurs, sa tristesse et sa haine. Haine qu'il va retourner contre Hopper. Le sauvage ne sait pas grand chose, il ne sait pas écrire, ni même parler, mais il devine intuitivement la méchanceté des uns (Hopper) et la gentillesse des autres (Blue et sa sœur).

 Le texte est dur, poétique, tendre (les moments où Blue est avec sa mère, également lorsqu'il évoque sa petite sœur), tout cela à la fois pour nous livrer un beau récit d'apprentissage où Blue va apprivoiser sa peine et revenir tout doucement vers les siens, vers la vie.

Le roman joue sur les codes du journal intime : lorsque l'on passe au récit écrit par Blue, la typographie des lettres changent, quelques fautes d'orthographes ponctuent le texte, le style d'écriture évolue doucement tout au long du roman, preuve de la maturité de Blue... Les illustrations sont parfaitement intégrées au texte, leur côté abrupt dégage une grande force. Les tonalités vertes et l'apparition de nombreux éléments de la nature (les arbres dans les pages de garde, les nombreuses scènes se déroulant dans la forêt) évoquent sans cesse le double sauvage de Blue, et renforcent le côté onirique de l'histoire.

 "J'avais mes plumes dans les cheveux, le petit sauvage dans mon cœur et mon papa dans mon âme."

Encore une fois, David Almond nous emporte dans le tourbillon adolescent et c'est magnifique.

Posté par Caroline Dumont à 20:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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