12 mars 2013

K-Cendres

kcendres

"Ce moment de déglingue où l'enfance bascule dans une jeunesse incandescente et douloureuse, elle est née dedans. N'en est jamais sortie."

Le roman s'ouvre sur une scène choc : Alexandra, enfant à l'hôpital Sainte Anne, subit les interrogations de ses médecins, ils souhaitent tenter sur elle une thérapie par la musique. Or la musique se fait douleur : Alexandra subit la musique de plein fouet, éveillant chez elle des images dures et cruelles, qui la submerge. Pour faire taire ce son, la jeune fille se perce le tympan devant les regards médusés des médecins...

Quinze années plus tard, Alex devenue K-Cendres, crache, feule sur scène et libère, de par sa voix, ses paroles prophétiques. Car K-Cendres ne doit pas son surnom au hasard : la musique entraîne chez elle de curieuses visions, cauchemars de mort et de souffrance. Musicienne à l'instinct, parolière hors norme, K-Cendres intrigue. Au fil des concerts, le buzz s'amplifie, les médias s'emparent du phénomène et font les liens entre ses prophéties et leurs réalisations sanglantes, étranges coïncidences... K-Cendres devient de plus en plus connue, ses producteurs souhaitent la faire accéder à un niveau supérieur, un deuxième album, maîtriser cette étrange fille incontrôlable, lisser le son et pour cela, tous les moyens seront bons...

K-Cendres est le récit d'une enfance meurtrie, d'une jeune fille rejetée par la société, entretenant une relation ambiguë à la musique, qui la transcende et qu'elle haïe. Le caractère prophétique de sa musique, le milieu de la musique (salement égratigné par ailleurs), paraissent au second plan tant l'auteur s'attache à nous décrire les troubles et les errements de son héroïne. Les autres personnages sont soignés également :  le producteur qui n'est en soi qu'un pauvre type dénigré par son père, l'assistante prod qui n'est qu'une façade de dureté derrière une solitude et un amour non partagé...

Un roman âcre, dur, qui possède quelques défauts : des longueurs, une histoire qui tourne sur elle-même au bout d'un moment, mais le récit brille par son écriture... Antoine Dole possède un style que j'ai trouvé particulier, très beau, oscillant entre un réalisme très cru et une poétique incroyable. On sent une maîtrise des mots, comme en témoigne le texte de l'auteur glissé à la fin du roman.

"Les percussions corporelles amplifiaient son timbre et modulaient l'harmonie de sa voix. Les mots se sont cassés dans sa bouche, ont fait saigner ses lèvres, les mots lui ont entaillé le palais, si profondément qu'il fallait les cracher, question de vie ou de mort. Les phrases formées n'apaisaient rien, alors elle a scandé plus fort, sacrifié la douceur de sa voix, scarifié les nuances de ses pensées, elle a fracturé les syllabes, piétiné le langage, elle a tout brisé, tout ce que les profs bénévoles de l'hôpital lui avaient enseigné, pour que les mots épousent purement et seulement la douleur, la peine et la souffrance. Elle a tout recréé. Son flow s'est construit à partir des fracas du monde tel qu'elle le connaissait depuis toujours."

Posté par Caroline Dumont à 14:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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